Souvenirs de mer

26 février 2009

Le 21 Sept 1957, le naufrage du 4 mâts Pamir

Il y a aura cinquante ans en 2007, surpris par la violente tempête Carrie, le 4 mâts Pamir a fait naufrage en "emportant" 80 membres de son équipage et ses élèves de la Marine Marchande Allemande. Hélas, il ne laissa que 6 survivants.

(le 21 Sept. 2005, réparé le 19 Sept. 2008)

C’est par hasard en écoutant la radio (Teutonique) ce matin, (à Namur on les reçoit fort bien) que ce douloureux accident de mer m’a été rappelé. Là-bas on y pense encore, ce qui se conçoit un peu car ce terrible "évènement de mer" a eu sur le moment un énorme retentissement, au-delà même d’une Allemagne alors en pleine reconstruction mais surtout, en train d’enterrer l’ancienne image de marque héritée de la seconde guerre mondiale...

La fin de la marine à voiles, les années 50. On ne le présente plus !

Citation :
- "Le 10 août 1957, le Pamir a mis les voiles en appareillant de Buenos Aires à destination de Hambourg. Il embarquait un équipage de 86 membres, dont 52 cadets, élèves officiers de la marine marchande dit-on en France. Son chargement de 3780 tonnes d’orge était stocké en vrac dans ses cales et réservoirs de ballast. Seules 255 tonnes étaient en sacs, placés au sommet du grain pour le maintenir en place.

Avenue du 25 de Mai à Buenos-Aires. Depuis que j’y suis allé, les Champs Elysées me semblent ridicules.

Le 21 septembre 1957, il fut pris dans l’ouragan "Carrie" et prit rapidement de la gîte vers bâbord car le grain commençait à se déplacer. Il put envoyer un signal de détresse avant de chavirer à 13h03 locales et coula en trente minute au milieu de l’Atlantique.

Le Cdt Johanes Diebitsch. Mes témoins "ex" des U-Boote et passagers à bord du "Sans Souci" l’ont connu. En 1936 il disait aux élèves, "Soyez toujours vigilants, car en mer tout peut arriver"...

La recherche de survivants dura neuf jours et fut organisée depuis le navire des Garde-côtes Américains "Absecon". Hélas, seuls 6 marins, dont deux cadets, furent recueillis en vie. Le naufrage fut vécu comme une tragédie autour du monde et reçu une large couverture par la presse Allemande et mondiale." Fin de citation.

Force, Grâce et Majesté, la Voile ! Le vraquier Pamir de retour d’Argentine au début des années 50.

C’est en effet avec ses 4000 m² de voilure presque "tout dehors", qu’il fut surpris par ce coup de tabac mémorable entre tous. Il était alors devenu trop tard pour rentrer la surface de toile qui était nécessaire, malgré tous les efforts pour le faire. Il fut pensé que le bulletin météo reçu à bord arriva trop tard et qu’il sous-évaluait le coup de vent à prévoir.
- En 1957 déjà, on n’avait plus le "pif marin" comme l’avaient nos illustres prédécesseurs hélas. J’ai eu le plaisir de rencontrer beaucoup plus tard (en 1982) le commandant Jean Randier, qu’on ne présente plus et qui nous racontait toujours beaucoup de choses :

Le Passat reste aujourd’hui à Travemünde près de Lübeck. Ses gardiens furent longtemps des anciens sous-mariniers.

C’est en étant embarqué à bord d’un navire de la Cie d’Orbigny qui resta saisi et bloqué à Buenos Aires en 1949 durant des mois, que Jean Randier fit connaissance avec "son dada" les derniers grands voiliers. L’un d’eux, le Passat était présent sur place. Randier le visita et embarqua à son bord jusqu’en Europe, il y attrapa le virus.
- "Vous étiez seulement 30 à bord avec une pareille surface de voile ?" ai-je interrogé.

En opération commerciale à Falmouth en 1954. Là, on ne frime pas comme à Rouen le 14 juillet !

- "Oui mais... Je vous rassure ! Tout était géré "strict" à l’économie en 1950. Le Cdt avait pour consigne "d’y aller molo-molo" et il s’y tenait ! Ne serait-ce que par la sainte frousse de ne pas pouvoir réduire la toile assez vite en cas de nécessité. Ce vieux crocodile nous rappelait souvent que les jeunes n’avaient pas toujours le punch nécessaire des grands anciens, ce qui n’était pas toujours vrais. Mais les réflexes eux, n’étaient naturellement plus toujours "au top-niveau", donc on ne forçait pas..." Me précisait Randier en ajoutant que toute la mâture étant en acier, il fallait toujours et surtout "faire très vite" en cas de coup de vent.

Le canot nr 2 retrouvé est aujourd’hui conservé

Je me souviens moi-même qu’au large de l’Argentine existe un genre de coup de vent violent et subit, le Pampéro. J’ai "vu le travail" à bord d’un navire d’aujourd’hui en cas de surprise, "ça décoiffe" ! Je n’ose imaginer un de ces voiliers qui se "laisserait avoir", et le carton si par malheur la mâture en acier cédait. Cet accident était peu fréquent tellement c’était solide, mais c’était encore plus dangereux, justement pour cette raison. Un des points très sensibles de ce genre de voilier est (entre autres) la tension des haubans, galhaubans et étais :
- "Ni trop, ni trop peu, les gros ridoirs..." C’est tout un art...

Le Pamir ici "timbré"

Je suis fort sensible à ce genre d’événement car j’ai moi-même manqué "en faire les frais vite et bien" et sans laisser de trace de surcroît, le 4 Février 1982 par 32 N et 33 Ouest (environ). Ce fut un très mauvais hiver d’Atlantique Nord cette année là...
- Même si c’était (aussi) de notre faute, j’ai pensé cet après-midi là, que le spectacle était Wagnérien. C’est arrivé vers 17h20 bord et nous avons eu une frousse bleue.

Autre canot du Pamir, ici à bord du Passat qui n’était pas loin, et qui revient de loin...

J’attendrai longtemps avant de voir un jour une chose plus impressionnante que ce qui nous a mis en travers ce jour-là. Le Roro Manhattan revient de loin. Un article racontera l’épisode le mois prochain. Il n’y a pas de raison que je m’en prive car "j’y étais" et... C’est déjà écrit depuis 1998.
- En attendant, on n’oublie jamais les collègues ainsi disparus.

Station radio du 4 mâts Pamir (indicatif DKET) ou la radio des années cinquantes.

Bien navicalement - Thierry Bressol OR1
- Note : Pampéro était aussi le nom d’un remorqueur du port de Buenos Aires. Mais son côté poussif ne rappelait pas vraiment son nom...

Merci pour le coup d’oeil à :
- Le naufrage du Pamir
- Le Pamir et ses escales
- Le Pamir en Nouvelle Zélande
- Les restes du Pamir
- Les Cap-Horniers
- Mariehamn

- Eric Newby, Alan Villiers et Jean Randier
- Esmeralda est-elle coupable ?

- Scènes de naufrages (le 27 Fév. 2009)
- La St-Valentin du François Vieljeux (le 14 Fév. 2009)
- Etude du port de la barbe à bord (le 21 Fév. 2009)
- Le Joola et le Titanic (le 2 Fév. 2009, il existe un lien avec le grand Yoyo)
- Les sous-mariniers sont-ils vraiment si méchants ?
- Le Bugaled Breizh nous hante
- Tabarly

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A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
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