Souvenirs de mer

26 septembre 2005

La SNCM et le mauvais genre

En 2035 une scène proche de la suivante se déroulera peut-être à Marseille au Palais du Pharo :
- Un homme grand et mince, "bien de sa personne" mais déjà fort âgé, se balade sur les hauteurs du Pharo avec un enfant, son petit fils peut-être. Ils contemplent de loin tous les deux un énorme car-ferry blanc qui sort du port, en train de passer Sainte Marie. L’enfant soudain pose une grave question :

- "Dis moi un peu, c’est vrai qu’il n’y a plus de français à bord des navires ?"
- " Si tu savais..."

Et de lui raconter qu’il "en était" à une époque lointaine, lorsque les marseillais, les provençaux et les corses avaient encore le droit de naviguer à bord des navires dont ils ne sont plus que les "clients", et lorsque certains de ceux-ci ont trop largement abusé de leur position au mépris des autres marins comme au mépris des usagers. C’était une époque où la France devenait un pays de sauvages.


- "Mille sabords !"

- On se demande parfois : comment tout cela est-il possible ?

Le Pascal Paoli "saisi" par les pirates le 27/9/2005

- L’objet principal de ce site n’est pas de publier des pamphlets. Cela dit l’actualité douloureuse et désastreuse de la SNCM est un petit peu liée avec mon parcours professionnel, donc maritime entre d’autres aspects de celui-ci. Les événements du printemps dernier et de la semaine passée m’inspirent de la colère, puis les quelques faits et réflexions ci-après :
- Les faits sont têtus et ne tiennent jamais compte des opinions politiques des uns et des autres. Il arrive même de plus en plus souvent qu’ils invitent à une réflexion plus approfondie sur la situation du secteur maritime en tenant compte cette fois, des rapports de causes à effets plus que des idéologies à la mode d’hier et d’aujourd’hui.

Le Danièle Casanova de 1989, rebaptisé Méditerranée

D’abord, la face visible de ce qui se passe à la SNCM (et de ce qu’on veut bien nous monter) est attristante :
- On ne va certes pas applaudir !
- Si cela continue ainsi, ces cornichons (je cite une amie du bord) vont obtenir un effet superbe :
- Une fois que la crise sera "passée", il n’y aura bientôt plus de Marseillais, ni de provençaux ni de corses à bord des navires de la Méditerranée. Comme le disait souvent un marin de ma connaissance :
- "Tout s’arrange, même mal..."
- J’ajouterai avec le cynisme du spectateur non directement concerné : "surtout mal !"

- Je ne peux que constater le fait suivant : plus le temps passe, moins les français sont nombreux à bord des navires qui les concernent. C’est d’ailleurs le cas d’autres pays d’Europe. A ce rythme, combien seront ils à bord en 2035 ?
- On ne me fera pas croire que c’est une évolution souhaitable, et encore moins qu’il faut continuer le laisser-aller complet actuel pour (dit-on toujours) "sauver les entreprises". Si elles travaillent sans nous en ayant délocalisé presque tout... Et bien moi, je m’en moque des entreprises ! Et je ne suis pas le seul. Ce système très "rétro" et "lutte des classes à la Arlette " me semble tout à fait malsain et discutable. Qui ose parler de "citoyenneté" quand tout cela se passe ?

- Le mystérieux "Captain Surcouf" de la liste de diffusion Marine Marchande et Mar-mar, que je salue au passage, a raison :
- Ces gars là se moquent de tout, de toutes et tous. Ils sont plus proches de la retraite que de l’école et se préparent tout bonnement à finir en débarquant avec la caisse, c’est à dire avec une belle "prime à la valise". Ce qui arrivera aux plus jeunes et aux autres : ils s’en tapent le coquillard sur le pont et sur le quai, puis ils le feront sur le sol de leur salon et de leur jardin ensuite. Surcouf en dit encore plus que moi.
- L’égoïsme forcené d’un grand nombre de retraités de la marine marchande (peut-être aussi militaire) me sidère, mais cela commence chez certains bien avant le jour du pot du départ en retraite. Heureusement, tout le monde n’est pas ainsi.

Le Pascal Paoli

- Pour ce qui est de la façon dont on a traité les passagers une fois de plus... Et bien pour rester poli, je préfère ne rien dire d’autre que rappeler ici que c’est toujours la population algérienne qui trinque la première, lorsqu’il se passe une connerie qui les concerne directement. Les corses et les autres français trinquent ensuite, car de toutes façons tout le monde est et sera "servi".

- Pendant ce temps, certains organismes qui organisaient (jusqu’à Namur !) des manifestations contre Jean-Marie Le Pen en Mai 2002, ne disent toujours rien contre le vrai racisme que nous observons à l’oeuvre à ces occasions. On devrait au moins un peu plus s’occuper du vrai danger : le fascisme moderne, le fascisme mou d’aujourd’hui.
- D’autre part, je n’ai jamais observé durant ma vie que Jean-Marie me la rende "pourave". Mais avec les méthodes de traitement de nos flottes de commerce européennes depuis que je suis sorti du lycée et de l’Ecole de la Marine Marchande durant les années 70, je suis obligé de le dire ici, j’ai vu quelque chose !

- J’en ai même vu beaucoup plus que ce qu’il me plairait d’écrire. Cette période fut marquée par de fort longues séries ininterrompues de ventes de navires, de disparitions de compagnies et de licenciements. J’ai vécu une suite incessante de dégradations dans tous les aspects de la vie à bord, pour ne rien dire du niveau de vie.
- Aujourd’hui les jeunes n’écoutent plus rien car c’est évident et ils le savent : Ils vivront moins bien, beaucoup moins bien que leurs parents. C’est cela l’UE.

- Au début des années 1990 j’avais un "bon piston" pour rentrer à la SNCM. Un beau jour, j’ai visité le joli Danielle Casanova. Il suffit parfois d’assister à un petit incident révélateur par hasard à bord pour se poser des questions. Il existe à la SNCM au sein des équipages quelques petites "cliques" de caractère mafieuses dont la tolèrance à bord est un scandale. Je me suis dit :
- "Toi Bressol, un jour ou l’autre tu auras un "vrai Pb" avec eux si tu embarques là... Et quelqu’un passera par dessus bord..."
- C’est pourquoi je ne suis pas rentré à la SNCM. Je n’étais plus aussi patient que les autres officiers en 1992, car je venais d’arrêter la navigation un an plus tôt et je n’aime pas travailler dans une mauvaise ambiance...

- A propos de ces "cliques" capables d’exactions de piraterie à bord, je me sens permis de poser des questions simples :
- Pourquoi a-t-on laissé faire durant des années ?
- Qu’a-t-on fait de l’argent pubique ?
- Pourquoi autoriser et LAISSER FAIRE une concurrence déloyale "devant" la SNCM, alors que celle-ci ne disposa jamais d’autre moyen d’action que de faire pomper l’argent de l’Etat ? A mon sens, il faut savoir Choisir entre deux "milieux" économiques :
La libre concurrence avec les vrais Moyens ou la Protection Absolue, et non faire les deux en même temps.

- N’a-t-on pas volontairement laissé la situation se dégrader jusqu’à l’irréparable, pour ensuite pouvoir "donner" le fond de commerce de la SNCM aux copains, comme c’est arrivé avec la CGM ? Que veut-on faire vraiment des "actifs" importants de la SNCM, la CMN par exemple ?

- Une fois que "tout va mal", il devient si facile de faire avaler tout ça aux contribuables qui pensent légitimement que "c’est assez !", en oubliant que bien des choses et des pratiques étranges leurs sont cachées. Il est simple mais fort insuffisant de répondre aux mauvaises langues que crier "tous pourris !" est simpliste. L’ennui justement, c’est que c’est en train de devenir parfaitement vrai et que cette vérité là est pénible. Le mauvais comportement de certains à l’équipage est aussi la conséquence d’un système de direction.

- Quand va-t-on enfin nous expliquer ceci ? Car c’est Enorme. Il ne reste que deux explications à ce qui se passe dans certaines entreprises publiques :
- On l’a fait exprès et c’est au moins "trouble".
- Ou bien c’est tristement débile, et on peut se demander comment l’incompétence des "élites" est arrivée à ce niveau. On nous le dit souvent par exemple sur BFM, excellente station de radio FM spécialisée dans le business :
- "Une entreprise privée normale ne peut "tenir" avec les conditions imposées à la SNCM." Oui, c’est sûr...
- Alors, pourquoi "on le fait" ?

Autre navire de la SNCM : le Monte d’Oro

- Je profite de l’occasion pour exprimer ma compassion avec les gens du marketting de la SNCM. Il y a de quoi se pendre... Avec tout ce qui s’est passé cette année. Comment séduire la clientèle après ces farces ?
C’est sûr, marquer le Changement ou le chambardement sera indispensable...

- J’ai habité deux ans Marseille, certains de mes ancêtres furent marseillais et non des moindres. En effet un généalogiste a trouvé des informations amusantes. Cela dit, les subordonnés de ce "Bressol" de l’Arsenal des galères n’ont certainement pas tous aimé ces circonstances...
- Au titre de marseillais de coeur, je suis attristé car c’est honteux.

- Une chose reste sûre : ce qui se prépare me semble aussi profondément consternant que le système des galères de ce temps là. Car dans le fond... Des fonds de pensions pour sauver et "placer" la SNCM, je me sens obligé de me sentir ici hautement sceptique. En effet, la nature profonde de leur principe de fonctionnement les oblige naturellement à "pomper" toujours plus fort et nous en connaissons le résultat pour de nombreuses entreprises dans tous les secteurs.
- Enfin, on les verra (peut-être) à l’oeuvre et nous devrons alors juger sur pièces.

Il est plus agréable d’évoquer le câblier Croze en 1990 !

- Bien navicalement - Thierry Bressol OR1

- "Mille sabords !"

- Merci au site "www" de la SNCM et la SNCM :
- "Pourvou que ça doure" disait Laetitia Buonaparte...

Note technique cinématographique :

- Un de mes vieux amis collectionne de très anciens courriers postaux. A l’occasion d’une conversation chez lui en regardant un film consacré à Napoléon, il m’a montré une preuve :
- J’ai exprimé durant le film mon grand étonnement devant le fait constant que TOUS les films qui lui furent consacrés nous montrent un homme pas forcément petit alors que sa petite taille est restée bien connue, et qui s’exprime (de surcroît) dans un français parfaitement parisien, à la façon de la TV française ou de la RTBF d’aujourd’hui... Est-ce crédible ?
- Je me suis donc permis en effet de supposer qu’il parlait avec un très fort accent corse.

- On m’a alors fait lire une lettre datée de l’époque du siège de Toulon par le général Buonaparte. Elle raconte l’événement vécu comme en "direct-life" et exprime la stupeur d’un militaire révolutionnaire qui "y était". Il décrit le curieux et très efficace personnage, un petit bonhomme fort en gueule et à l’accent corse à couper au couteau, qui dirigeait les opérations militaires...

- Et bien oui, on pouvait s’en douter qu’il avait l’accent de "là d’où il venait" comme tout le monde ! On nous fait souvent croire n’importe quoi, et de nombreuses évidences passent totalement inaperçues...

A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/