Souvenirs de mer

5 octobre 2005

Le NC Croze en mission : relever BC1 et épissure finale (nr 7)

C’est la "dernière ligne droite" avant le transit du retour :

(mis à jour le 24 Déc.2008)
- Le Navire Câblier Raymond Croze est parti en mission (le 22 Déc. 2008 un exemple concret et récent)

11/ La Pose, le Relevage de BC1 et l’Epissure finale :
- La Pose:Pendant cette manoeuvre, le lieutenant de quart doit observer et
prendre note "en temps réel" des éléments de position sur le cahier de travaux et porte les points sur la carte des travaux. Les points d’immersion de l’épissure initiale et dans notre cas avec de répéteur qui séjourna à bord, sont particulièrement importants car ils seront portés ensuite sur les cartes des câbles sous-marins...

En arrière de la passerelle : la grande table à cartes "Câbles"

Le navire a pris le cap de pose et commence à cheminer à environ cinq noeuds en laissant glisser et s’immerger le câble sous son davier avant.
Depuis les années 1850 les opérations de pose des câbles ont fait l’objet d’études savantes parfois hautement "matheuses" :
- Par exemple, en régime de pose établi depuis plusieurs heures avec une tension résiduelle du câble posé sur le fond, la configuration du câble entre le navire et lui et le point de pose sur le fond peut être assimilée à une droite dont l’angle avec le fond est
- alpha (lettre grecque) = H / Vn
- H : coefficient hydrodynamique du câble (ça existe !), mystérieuse donnée venue du constructeur tel Pirelli et autres Alcatel, fonction de son diamètre, de son poids par mètre, de son revêtement (nu ou armé) etc...
- Vn étant la vitesse du navire en noeuds et en pose.
Il faut veiller à garder alpha et la tension du câble à bord constantes,
c’est à dire avoir les mains sur les manettes des lignes d’arbres s’il y a de la houle et du vent...
- Epsilon est un autre personnage important de cette physique secrète, c’est la proportion de longueur de câble posé en "excès" entre deux
points par rapport à la distance horizontale qui séparait ces points avant l’intervention.

Elle cela augmentera fatalement l’atténuation, on doit en tenir compte.
Voici un autre angle exprimé en radians comme cela se doit :
Bêta, est un élément qui rend la chose plus excitante, angle de la pente du fond. Qui a pensé que le fond est toujours horizontal ?
- Le premier cours de mathématique câblière est terminé... Ouf !

Cuve à câble du Croze ou duThévenin (ici sans matelot "french-lover" au travail)

D’autre part, la sortie du câble de sa cuve est (bien sûr) veillée par
deux matelots french lovers qui disposent d’un klaxon (j’ai oublié
de l’écrire plus haut) pour ordonner une réaction en cas d’incident
de sortie du câble par un coup bref ou plus :
- Un coup : stopper immédiatement ! (incident en sortie de cuve)
- Deux coups : reprenez la pose
- Trois coups : ralentissez ! (ces deux derniers étant les plus fréquents)
- La machine à câbles et la passerelle doivent "décoincer" si...

- Du "haut de ma tour d’ivoire" au local radio, je connaissais l’heure estimée probable de deux grands moments :
- L’immersion de notre épissure initiale d’abord n’a rien de remarquable pour le profane que je suis encore, mais elle sera suivie par le départ du répéteur :
- Avant le répéteur le câble sort de la cuve arrière jusqu’aux tréteaux sur lesquels il attend son tour. Après lui le câble est lové dans l’autre cuve, mais continue à en sortir, tiré par la machine à câble. Je descends voir et trouve le chef de mission embusqué comme un chat qui guette la souris devant son trou. Le matelot en cuve annonce :
- "La marque R !"

Peu après, il n’y plus de câble dans sa cuve et celui-ci commence à tirer sur le répéteur, qui est alors accompagné et porté avec soin jusqu’à passer sur le tambour vertical de la machine à câble.

Vue partielle de la "Machine à Câbles"

Le chef de mission l’attend avec moi à l’avant et nous suivons "la bête" jusqu’au davier pour ensuite la voir s’immerger lentement. Le public-adress annonce l’heure et la position que tout le monde note religieusement dans la salle d’essais. Roth lance ses bonbons à toutes les personnes présentes comme il se doit, puis notre commissaire fait venir des bières et nous trinquons :
- "Au câble !" et la pose continue benoîtement en direction de la bouée câble où le "bout long" (de La Seyne) n’attend plus que nous.

Une bouée-câble sur le pont avant en stand-by

Le lendemain peu avant minuit la bouée BC1 est en vue et le Raymond Croze commence à prendre sa position de relevage. Par ce vent de suroît il faudra que la bouée soit sous le vent pour être saisie, ce qui nous amène à nous présenter de plus en plus lentement en venant sur tribord peu à peu pour finir par approcher d’elle en crabe.
- Depuis le début des travaux, le Croze passe toutes ses nuits éclairé comme en plein jour par tous ses projecteurs. Celui de la flèche de la grue de bâbord est soudain allumé et nous vérifions la caméra du planchon latéral de "moustache" :
- Cette fois elle vise en arrière.
- La caméra du portique en haut du portique noir est aussi controlée de la passerelle pour s’assurer de ce qu’elle "voit".
- Satisfait de constater que tout est visible d’en haut sans problème à la demande, je redescends sur la plage avant. Le vent fraîchit et la houle est de plus de 1,50 m, cela commence à se compliquer :
- Le commandant fait augmenter la tension (frein de la machine à câbles) pour forcer le navire à évoluer sur tribord et mieux prendre la bouée sur la joue bâbord de l’étrave, sous le vent du navire.

La bouée se trouve à présent assez proche et le navire a totalement cassé son erre en se servant du câble en pose comme s’il s’agissait d’une amarre de garde pour se mettre à quai.
- L’officier de quart note tout cela en gardant un oeil sur les gros afficheurs rouge du dynamomètre comme le commandant qui se tient aux manettes. Son regard court alternativement dans toutes les directions, le moniteur du PC Espadon, l’écran de TV montrant le câble sous le davier ou bien la bouée selon la demande, Les commandes des machines et le dynamomètre... Sa concentration est maximale, il doit tout voir et savoir.

- Les matelots de la plage avant lancent leurs grappins pour attraper la queue flottante de la bouée et l’accoster tandis que d’autres préparent
la guirlande.
- Ce filin servira à ramener à bord l’extrémité du câble vers La Seyne (le "bout long") par le davier avant.
L’orin est promptement maillé à la guirlande, tandis que la bouée à peine
saisie par le treuil, est virée lentement en hauteur. Peu après avoir viré la toué de la bouée, les déclics sont largués.
- Une équipe de matelots "rentre" la bouée à bord, démonte son acastillage et la dépose sur son support du pont avant, devant la porte du pont de travail. En cas de mauvais temps elle pourra être déposée dans la cale à bouées.

- L’Epissure finale :
- Nous avons à présent à bord les deux côtés du câble et il nous reste à équilibrer la tension des deux bords, puis à stabiliser le navire face au vent.
Le bosco va aux commandes des deux machines à câbles pour veiller à équilibrer les deux tensions tandis que :
- l’extrémité vers la Seyne est lentement amenée à la salle d’essais avec son alter ego vers Messine.
- Ceci étant achevé, l’équipe de la plage avant bosse successivement les deux brins du câble sur les bittes et les freins des deux machines à câbles sont serrés.

Le commandant commente ses manoeuvres à l’attention du jeune officier de quart : la position du navire par rapport aux deux bouts du câble est indifférente, mais il ne faut pas faire "le tour") pourvu qu’il soit
aussi immobile que possible en se tenant face à la dérive et que le plan du triangle formé par le nez du navire et le tracé du câble soit gardé
perpendiculaire par rapport au fond
.
- Le chef de mission arrive en même temps que moi à la salle d’essais et nous sommes suivis par le commandant. Roth lance une fois de plus ses bonbons tandis que le Cdt attend que les deux brins soient reconnus bons pour annoncer enfin :
- "A disposer pour l’épissure finale !"

D’ici quelques heures, le câble sera prêt à reprendre sa place naturelle au fond pour retrouver ensuite son trafic.

12/ L’épissure finale, la Télé-alimentation et les Télémesures par les Stations-câble d’extrémité :
- Avant de commencer à procéder à l’épissure finale, les préparatifs les plus nécessaires commencent déjà :
- La tension des deux extrémités est équilibrée, l’équipage pont frappe les bosses de sécurités sur les bittes en arrière de la plage avant, et
se prépare à disposer les "bosses extérieures" de telle sorte qu’elles
supporteront les deux tensions du câble à l’extérieur du navire, c’est
à dire, SOUS les daviers avant.
- En effet, les deux parties du câble ne doivent en aucun cas risquer de s’abîmer par frottement(s) durant le temps nécessaire à la confection
de l’épissure et aussi pendant l’attente du résultat des télémesures, qui n’est pas toujours très prévisible.
- C’est encore plus le cas maintenant avec les fibres optiques, naturellement beaucoup plus longues à "jointer" car cela se fait fibre par fibre...

De surcroît les matelots disposent des "paillets" constitués par du filin
tressé à tous les points de portage pour éviter tout frottement risquant d’être dommageable entre le câble et les pièces métallique du bord.
- Cette confection de l’épissure finale est donc tout naturellement toujours
plus longue que celle d’une initiale
.
- L’officier de quart doit veiller pendant ce travail à la "tenue du mouillage" car dans cette situation le navire est de fait affourché sur deux câbles qui lui tiennent lieu de lignes de mouillage en "V".
- Pour égaliser les tensions les 2 câbles doivent avoir la même pente. Pour maintenir la tension minimum, les deux câbles doivent être dans le même plan et ce plan doit être vertical.
C’est dire qu’il ne faut pas bouger autant que faire se peut, météo permettant bien sûr...

Si le vent ou les courants changent trop vite, les deux câbles peuvent se croiser. Il convient donc de manoeuvrer pour éviter qu’ils ne frottent l’un
sur l’autre, avec tous les ennuis que cela supposerait car ils pourraient fort bien tous les deux s’endommager mutuellement...
- Le vent fraîchit et la houle se renforce, le bosco et son assistant restent l’un penché au dessus des daviers avant et l’autre "planté" devant les bosses de bittes à bord pour observer les marques à la craie tracées sur le câble au niveau de ses bosses pour s’assurer qu’il ne glisse pas.
- "En ce cas il faudrait soulager l’effort sur les deux bouts du câble en lâchant quelques tours des deux tambours de machines à câble..." nous explique le commandant qui interroge très régulièrement la salle d’essais avec son UHF Motorola pour savoir le "résultat des courses".

Si l’épissure finale est réalisée naturellement sur le même principe que l’initiale, cela reste une opération plus délicate :
- En effet, le câble est à bord par ses deux extrémités alors qu’on travaille sur lui et il devra se comporter comme si rien ne s’était passé, (vu par ses stations d’extrémité) lorsque le jointage sera complètement achevé et que l’ensemble sera prêt à retrouver son élément marin.
- Tout cela dure des heures, comme d’habitude.

Si l’épissure finale vient d’être terminée, le câble est encore à bord...
- L’équipe des jointeurs ayant terminé, la dernière phase des travaux va bientôt pouvoir commencer, car les essais sont en cours depuis peu. Un fois de plus la voix de Roth retentit dans l’interphone :
- "C’est pas encore fini !" puis il ajoute :
- "Mais ça vient, ça vient..."

Dans le bruit de fond notre chef de mission (probablement) susurre :
- "La croisière s’amuse..." Puis d’une voix forte, il demande soudain l’officier radio, votre serviteur, me sachant à la passerelle.
- "Oui monsieur M.! Je viens !"

Roth me lance un Nième bonbon que je rattrape d’extrême justesse en entrant. Je grimpe immédiatement avec le chef de mission au local
radio pour recopier avec attention son message à l’attention des deux stations-câble d’extrémité, Messine et La Seyne :

Un Satcom Inmarsat A - En 1979 déjà...

Je "frappe la bande", mais il n’y a plus de bande perforée avec mon imprimante télex du Satcom Sperry ESZ-8000, ni même avec celle du TOR (télex en ondes courtes) Philips. - En quelques phrases laconiques il demande :
- le rétablissement de la téléalimentation
- la confirmation de l’application de celle-ci
- l’initialisation du système, puis...
- la procédure des essais de télémesures de test qui va avec... C’est là un suspens de plus.

Cinq minutes plus tard c’est parti.
Il nous reste à attendre les deux réponses. Pendant ce temps j’envoie les copies au Chef de Centre de La Seyne et à "Paris" car il est très important que nos "boss" sachent qu’on bosse...
- En effet, on ne remet pas un câble en service immédiatement après la fin de l’épissure finale qui marque la fin encore très théorique de la réparation.
Il faut être absolument certain que cela fonctionne avant de leremettre à l’eau !
- Procéder à la "mise à l’eau de l’épissure finale" ne se fait donc qu’après une suite sévère de contrôles, ne serait-ce que pour ne pas risquer
devoir le relever et recommencer !

Généralement les stations-câble vont remettre le câble en service en procédant au rétablissement du trafic habituel dans l’heure qui suit sa mise à l’eau. Alors, le navire quittera la zone lorsque les deux extrémités se déclareront l’une après l’autre satisfaites par un beau radiotélex qui nous fait penser immédiatement au retour à La Seyne.

Le Cap Sicié et les "deux frères" quand on les voit, on n’est plus loin de la darse des câbliers !

Il m’est cependant arrivé d’assister à un rétablissement du trafic exceptionnellement effectué alors que le câble et son épissure finale étaient encore à bord, c’était un cas d’urgence financière...
- Il nous arrive alors de ressentir une impression à la fois rare et tout à fait étrange :
- Tenir le câble dans mon poing serré et penser que les communications téléphoniques de milliers d’individus, leurs messages e-mail (ou n’importe quoi d’autre) passent entre mes doigts, c’est probablement la plus insolite de toutes les sensations que j’ai pu avoir dans toute ma vie...

Plus étrange encore, (je dois vous rassurer) très concrètement on ne sent rien du tout et surtout :
- Personne, aucun usager ne le saura ! Mais rien que sentir cela, ça vaut une poignée de main.

13/ Mise à l’eau du câble (une opération à risque) et retour :
- En d’autres termes car la balle est à présent dans mon camp, je surveille donc mes deux satcoms "Inmarsat A"...

Un petit tour dans les antennes, sans perdre la boule

Régulièrement le chef de mission passe en coup de vent au local radio, impatient et nerveux. En général le Raymond Croze et lui ne "loupent pas leur coup", mais on n’est jamais absolument certain de rien avec le jointage.
- Soudain, l’écran du premier satcom efface ce qu’il montre habituellement puis affiche :
- zczc "PB Inmarsat", dates, heures, indicatifs télex, etc....

Alors, l’imprimante s’emballe :
- La station-câble de La Seyne sur Mer se déclare satisfaite des tests et donne son feu vert pour la mise à l’eau du câble. Victoire !
- Immédiatement je préviens le chef de mission par son "bip-bip" comme convenu. Peu après il surgit avec sa réponse en main au moment même où le message de Messine cette fois achève de s’imprimer sous nos yeux.
- Tout le monde est content et la nouvelle va se répandre d’ici peu à bord car il s’empare de mon téléphone pour appeler le commissaire...

Au "carré", la salle à manger des officiers et missionnaires du câble.

En effet une réparation de câble en mer se termine toujours par un pot solennel en général fin de l’après-midi suivi d’un repas "avec", qui suivra la mise à l’eau de l’épissure finale si celle-ci est validée. Il convient donc d’organiser cela au plus tôt n’est-ce pas ?
- L’épissure finale achevée et validée par les stations, il nous faut maintenant la laisser filer à la mer en l’accompagnant doucement jusqu’au davier avant, puis durant une partie de la descente au
fond.
- Une équipe de matelots défait toutes les bosses de sécurités une à une lentement tandis qu’une autre installe une patte d’oie avec deux bosses qui sera maintenue par le croc largable, lui-même restant seul retenu par la machine à câbles.
- Comme d’habitude, tout cela est extrêmement délicat et s’effectue méthodiquement, pour ne pas dire méticuleusement. Le bosco est installé aux commandes de la machine bâbord, écoutant la radio (la Lambada une fois de plus...) en se contentant de freiner doucement et laisser filer pour accompagner la descente du câble.
- Les bosses extérieures ont été larguées peu auparavant et il ne reste plus que le filin du croc largable pour le retenir.

Le navire cule lentement pour allonger sur le fond le câble et sa longueur supplémentaire du mieux qu’il sera possible. En effet il ne faut pas y laisser un fatras odieux avec des noeuds ou pire, une coque en formation...
- Autrefois il n’existait pas de croc largable téléommandé. Ceci impliquait que le filin d’accompagnement devait être abandonné sur la plus grande partie de sa longueur, avec le risque d’enchevêtrement que cela supposait.
- Ce genre de traces témoins des réparations laissées au fond facilitait malheureusement le crochage des chaluts dans les zones fréquentées par les pêcheurs.
- De surcroît ces "sacs de noeuds" qu’il faut éviter de laisser ne facilitent pas (loin s’en faut) l’ensouillage des câbles avec les engins du genre SCARAB, ELISE, ELODIE et autres HECTOR...

Le creusement de tranchées sur le fond pour protéger les câbles est devenu très à la mode depuis la fin des années 1980, pour les raisons que le devine.
- A la passerelle, le commandant et le chef de mission sont coude à coude en train de deviser, un oeil devant l’indicateur du sondeur "grands fonds", l’autre sur un moniteur de PC de l’Espadon avec lequel ils surveillent tous les deux la tension du filin du croc largable.

- Soudain, ils se regardent dans les yeux en souriant. C’est bon ! Le commandant saisie son UHF Motorola :
- "Larguez le croc !" La réponse est immédiate :
- "Croc largué !"

La réparation est à présent terminée, il ne reste plus qu’à attendre l’avis de la station câble de La Seyne et son autorisation de quitter les lieux lorsque le système sera remis en service publique.

La plage du Jonquet, près du cap Sicié

Une fois de plus la balle est dans mon camps, je vais donc attendre le télex libérateur au local radio. Alors, je n’aurai qu’à décrocher mon téléphone pour donner le signal du dernier acte des travaux :
- Aller relever la bouée marque !
(car on risquerait de l’oublier sur place celle-là...)
- Ouf ! C’est en fin d’après-midi exactement à l’heure qui nous convenait, que j’ai reçu le télex libérateur. A peine remis à l’intéressé et au chef de mission les deux copies du message, notre commandant prit son téléphone pour donner l’ordre attendu en passerelle sous une forme très simple :
- "On rentre !" Et l’officier de quart de confirmer :
- "Oui commandant, route libre..."

Au "carré", la salle à manger des officiers et missionnaires du câble.

Il est 18h30 bord, tout le monde s’est fait beau et souriant pour se présenter au salon, c’est l’heure du pot traditionnel marquant toujours la fin des travaux.
- Aux navires câbliers, on ne porte l’uniforme au complet que pour la sacro-sainte Visite Annuelle de Sécurité. Cela dit, les officiers sont tous en pantalon bleu et chemise blanche, le Commandant a sorti exceptionnellement ses galons d’épaules et le Chef de Mission a mis une cravate comme tous ses missionnaires.

Salon du carré des officiers et missionnaires du câble, "haut lieu de l’apéro".

Le Maître d’hôtel et son adjoint tournent partout pour servir l’assistance. Alors, constatant que tout le monde est servi le Chef de Mission lève son verre :
- "Au câble !!" Et tous de trinquer tous ensemble comme dans une scène du film "Master and Commender" où fut évoqué la Royal Navy de Nelson :
- "For the King !!"

Au salon de l’équipage la même scène se passe simultanément sous la direction du Bosco, étant ici le Maître de Cérémonie.
- Ensuite se déroulent d’autres cérémonies à caractère très privé entre amis et là, sans aucune séparation sociale.

Le Cap Sicié et les "deux frères" quand on les voit, on n’est plus loin de la darse des câbliers !

Pendant ce temps la passerelle a déjà mis le cap vers La Seyne, les projecteurs de ponts et les feux de capacité de manoeuvre restreinte sont tous éteints tandis que le Croze laisse son plus long sillage derrière lui. On rentre.

La Seyne/Mer : l’ancien quai d’armement du chantier naval reste utilisé, pour les navires désarmés

FIN !!
- J’ai décrit ici l’épissure d’un câble analogique traditionnel.
- Pour un câble à fibres optiques, la même démarche reste à suivre. Tout se passe de façon proche, sauf... Qu’un gros "détail" vient en plus s’insérer dans la longue liste des opérations à effectuer :
- Durant la confection de l’épissure lorsqu’on a jointé l’âme en cuivre, il faut s’occuper de chaque fibre une par une et c’est beaucoup plus long... Et c’est un peu plus fragile !

Le chantier naval de la Seyne, avant de devenir une "friche industrielle"

En 1990 il était encore très fréquent que cela dure 3 jours ou plus. Ceci demande un équipement sophistiqué puis la formation théorique et pratique (surtout) qui va avec.
- Chaque mini-système (paire de fibre E/R) est en effet enroulé en ressort autour de l’âme en cuivre, pour ne pas souffrir des tractions qu’impose le navire au câble....

Un câble "optique" demande plus de patience et supporte moins bien les efforts de traction.
- Lorsque toutes les fibres sont enfin jointées, on peut alors passer à la suite, c’est-à-dire aux tests, avec le risque d’un éventuel retour à la case départ...

A bord des navires câbliers, on mangeait presque aussi bien qu’à la Cie de Navigation Denis Frères.
(La fin d’année à bord chez France Telecom, avant la "mécanique Orange" !)

Bien navicalement Thierry Bressol OR1
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Merci au Cdt Cozanet qui a su prendre quelques bonnes photos à ma place :
- Thévenin

D’autre part, merci aussi au site de La Seyne sur Mer

A propos de l'auteur

Thierry BRESSOL

Officier radio-électronicien de 1ère classe de la marine marchande (1978/1991)
- Animateur de formation technique & Consultant Telecom GSM en SSII
- Rédacteur/correcteur
- Qui je suis ?


"Souvenirs-de-mer" et "Marine Inconnue" : http://souvenirs-de-mer.cloudns.org/